Montpellier-Nîmes : comment venir à bout du trafic pendulaire sur l’A9

Le trafic pendulaire est un mal qui touche de nombreuses zones urbaines et périurbaines où se croisent chaque jour des dizaines de milliers d’automobilistes, lors de leurs trajets entre leur résidence et leur lieu de travail, ou durant les départs en vacances. Entre Montpellier et Nîmes par exemple, les installations autoroutières s’adaptent pour en atténuer les effets. Voyons ce qu’il en est sur le terrain.Juillettistes et aoûtiens connaissent bien les difficultés de l’autoroute A9, qui relie depuis la fin des années 60 la cité antique d’Orange dans le Vaucluse à la frontière espagnole. Mais les vacanciers ne sont pas les seuls à subir les affres des embouteillages monstres : dans leur vie quotidienne, Nîmois et Montpelliérains sont en réalité les premiers concernés. En 2001 déjà, un rapport du Sénat tirait la sonnette d’alarme au sujet de l’autoroute A9 : « Le trafic moyen journalier annuel est passé de 30811 véhicules, en 1990, à 45421 véhicules en 2000, soit une progression de 47,4% en dix ans. » Depuis, ce trafic quotidien a atteint 60669 véhicules en 2019 selon les chiffres de l’opérateur Vinci Autoroutes. C’est bien simple : l’autoroute A9 étouffe. Ou plutôt étouffait, car les grandes manœuvres ont commencé dans la région présidée par Carole Delga (PS).

Priorité à l’élargissement des voies de circulation

Le premier grand chantier remonte à 2017, avec l’ouverture de nouvelles voies de circulation dont la vocation première était de séparer le trafic des poids lourds de celui des véhicules particuliers grâce à un inédit boulevard autoroutier (A709). « L’autoroute remplit pleinement son rôle, expliquait alors Yves Forquemin de Vinci Autoroutes. Lors des deux derniers week-ends, il n’y avait plus les habituels bouchons aux péages ou aux sorties vers Montpellier. On a compté 6000 véhicules par heure cette année, contre 5500 l’an dernier. Et pourtant il n’y avait pas d’embouteillages. »

Partout en France, le doublement ou l’élargissement des voies apporte une réponse concrète à l’engorgement des voies rapides, surtout à l’abord des grandes villes. C’est aussi le cas entre Toulouse et Narbonne sur l’A61, ou encore entre Dozule et Pont-L’Evêque sur l’A13 où 40000 véhicules transitent chaque jour. Ces nouvelles infrastructures mobilisent généralement de grands moyens : élargissement des ponts sous l’autoroute, démolition et reconstruction des ponts qui passent au-dessus de l’autoroute… « Tous ces travaux nécessitent des terrassements de part et d’autre de la plateforme pour accueillir une nouvelle plateforme plus large, pour intégrer la troisième voie, explique Bernard Love, responsable de l’élargissement de l’A13 chez l’opérateur autoroutier Sanef. Pendant toute la durée des travaux, les usagers roulent à proximité des entreprises qui travaillent, avec des voies réduites et donc en conséquence, des réductions de vitesse. » Une gêne provisoire, mais un gain évident à terme pour les usagers.

L’élargissement des voies reste un levier évident pour les opérateurs, mais requiert des investissements très lourds. D’autres recettes apparaissent et sont en train de se mettre en place. Il ne s’agit plus cette fois d’élargir les rubans d’asphalte, mais de faciliter la révolution dans notre façon de « consommer » les transports.

La multimodalité, l’arme de demain

Là aussi, tous les opérateurs sont sur la même longueur d’onde : l’heure est à la réinvention des infrastructures autoroutières en généralisant le réseau de bornes de recharge pour véhicules électriques et surtout en développant les infrastructures multimodales. Dans les cartons des opérateurs, de nombreux projets autour des « autoroutes bas carbone » attendent le feu vert des pouvoirs publics, tant à l’échelon national que de celui des collectivités locales. Et quand ce feu vert arrive, les projets ne tardent pas à sortir de terre.

Cette multimodalité sera probablement l’arme la plus efficace à l’avenir et la plus bénéfique pour les usagers et pour l’environnement. Afin de lutter contre l’engorgement des autoroutes et des routes nationales, la diminution des émissions de GES (gaz à effet de serre) n’est possible qu’en promouvant le covoiturage et un mix entre modes de transports. Pour cela, des liens entre réseaux ferroviaire et autoroutier sont en train de voir le jour partout en France. Dans son plan d’investissement autoroutier pour l’A9, Vinci Autoroutes a ainsi prévu la construction d’aires de covoiturage et le doublement des places de parking. Dans la commune de Gallargues-le-Montueux (Gard) par exemple, le 37e parking de covoiturage du réseau Vinci – financé à 87% par le concessionnaire autoroutier – vient d’ouvrir fin janvier, avec 98 nouvelles places sur les 3000 dédiées au covoiturage proposées sur le réseau. « Développer le covoiturage, c’est offrir à nos clients un service supplémentaire, pleinement en phase avec l’évolution des pratiques de mobilité, remarque Olivier Alamo, directeur du marketing de Vinci Autoroutes. Cette démarche s’inscrit dans notre volonté d’optimiser les usages de l’autoroute en favorisant le développement des modes de transport collectifs et l’utilisation partagée du véhicule individuel. »

Le covoiturage prend bel et bien racine

Il faut dire que la demande de covoiturage ne cesse d’augmenter, les différents opérateurs ne démenant pour faire se rencontrer l’offre et la demande. « Covoiturage et autoroute vont de pair, confie Frédéric Mazzella, président-fondateur de BlaBlaCar. Grâce à ce partenariat [avec Vinci], les membres de BlaBlaCar bénéficient de nouveaux avantages, et la pratique du covoiturage s’ancre dans nos modes de vie, ce qui au-delà des avantages économiques revêt des dimensions écologiques et sociales très fortes. » Une pratique qui, selon BlaBlaCar, permet en effet de réduire les émissions de CO2 de 1,6 million de tonnes par an (projection : 6,4 millions en 2023). Dans la région, d’autres parkings vont suivre courant 2021 à Nîmes-Est (56 places), Nîmes-Ouest (74) suite à la validation de ces projets par l’Etat. Vinci Autoroutes a des projets similaires à Avignon-Nord (79 places), Avignon-Sud (100), Orange-Centre (84) ou encore Lunel (71). D’ici deux ans, l’autoroute A9 devrait donc bénéficier de 464 places de parking gratuits supplémentaires. Dans les prochains mois, l’entrée de l’A9 à Avignon-Sud accueillera également un nouvel emplacement dédié aux transports en commun, reliant ainsi l’autoroute à la ligne régionale de bus Avignon-Aix. Ce qui permettra aux usagers de mixer leur mode de transports.

D’ici 2025, Vinci Autoroutes aura ainsi investi quelque 16 millions d’euros pour le développement de ces structures spécifiques à la mobilité partagée. « Les trajets routiers du quotidien sont aujourd’hui dominés par des usages autosolistes, en particulier les trajets domicile-travail, que les Français effectuent pour 75% d’entre eux en voiture », explique-t-on chez l’opérateur autoroutier. Mais le vent tourne, la tendance est de plus en plus au partage pour estomper les effets néfastes du trafic pendulaire. « En France, le covoiturage longue distance a atteint un record d’usage en dépassant 135000 passagers par jour », précise BlaBlaCar qui voit actuellement débarquer de nouveaux concurrents sur ce marché. Preuve que l’avenir est bel et bien à la mobilité partagée.

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