Crise de l’eau dans le monde, quelles solutions

Crise de l'eau dans le monde, quelles solutions
Photo DP/Pixabay

Lors d’une réunion de haut-niveau de l’Assemblée générale des Nations Unies sur l’eau et le développement durable, plusieurs responsables onusiens ont appelé jeudi la communauté internationale à investir dans des solutions concrètes pour mettre fin à la crise de l’eau qui affecte des milliards de personnes dans le monde.

A l’ouverture de cette réunion à laquelle devaient participer plusieurs chefs d’Etat et de gouvernement, le Président de l’Assemblée générale, Volkan Bozkir, a rappelé que « l’eau fait partie intégrante du développement durable, mais que nous sommes bien en retard sur les objectifs et les cibles que nous nous sommes fixés ».
L’Assemblée générale des Nations Unies a déclaré les années allant de 2018 à 2028 Décennie internationale d’action sur « L’eau au service du développement durable ».

Selon les estimations actuelles, 2,2 milliards de personnes, soit près d’un tiers de la population mondiale, continuent de ne pas avoir accès à une eau potable gérée en toute sécurité ; 4,2 milliards de personnes, soit plus de la moitié de la population de la planète, vivent sans assainissement géré en toute sécurité ; 2 milliards de personnes n’ont pas leurs propres toilettes décentes ; et 3 milliards manquent d’installations de base pour se laver les mains.

« C’est un échec moral de vivre dans un monde avec des niveaux d’innovation technique et de succès aussi élevés, tout en continuant à laisser des milliards de personnes sans eau potable ni installations de base pour se laver les mains », a déclaré M. Bozkir. « Et ne vous y trompez pas, c’est un échec mondial qui a des implications profondes pour nous tous ».

Dans ce contexte, il a appelé à agir pour surmonter cette profonde inégalité en se concentrant sur des actions tangibles et concrètes.

Il a notamment appelé la communauté internationale à fournir un soutien financier et de renforcement des capacités plus important aux activités liées à l’eau et à l’assainissement, en particulier à travers le soutien au relèvement post-Covid. Il a demandé de donner la priorité aux pays les plus pauvres.

Il a également appelé la communauté internationale à travailler en étroite collaboration avec les groupes de la société civile et avec les jeunes pour renforcer les objectifs et les activités liés à l’eau. « Les jeunes et les groupes locaux, à l’écoute du terrain et à leur réactivité, sont souvent les premiers à introduire de nouvelles technologies ou approches. Nous devons tirer parti de cet outil et responsabiliser toutes les personnes dans ce processus », a-t-il dit.

Le monde n’est pas sur la bonne voie
De son côté, la Vice-Secrétaire générale des Nations Unies, Amina Mohammed, a également estimé que « la mobilisation du soutien pour faire face à la crise de l’eau est essentielle à la mise en œuvre de l’ensemble du Programme de développement durable à l’horizon 2030 ».

« Comme le souligne le dernier rapport d’étape d’ONU-Eau, le monde n’est pas sur la bonne voie pour atteindre les cibles de l’ODD6 (Objectif de développement durable numéro 6) d’ici à 2030 », a-t-elle ajouté. « Pour parvenir à un accès universel à l’eau et à l’assainissement, le taux actuel de progrès devrait quadrupler ».

Mme Mohammed a noté que les menaces interdépendantes du changement climatique, de la perte de biodiversité et de la pollution augmenteront la pénurie d’eau. D’ici 2040, un enfant sur quatre de moins de 18 ans dans le monde – quelque 600 millions – vivra dans des zones de stress hydrique extrêmement élevé.

« La pandémie de Covid-19 nous a vivement rappelé que l’eau et l’assainissement sont parmi les clés de la lutte contre les maladies infectieuses. Pourtant, 3 milliards de personnes, en particulier dans les zones rurales et les pays les moins avancés, ne disposent pas d’installations de base pour se laver les mains à la maison », a-t-elle souligné.

La Vice-Secrétaire générale à souligné trois impératifs.

Premièrement, elle a exhorté les pays à utiliser les plans de relèvement post-Covid pour investir dans les objectifs de développement durable et pour lutter contre les inégalités d’accès à l’eau et à l’assainissement. « Cela nous aidera à être mieux préparés à faire face aux futures pandémies », a-t-elle dit.

Deuxièmement, elle a appelé les gouvernements à accroître leur ambition en matière d’action climatique. Elle a rappelé que plus de 90% des catastrophes naturelles sont liées à l’eau. L’augmentation des inondations menace de détruire les points d’eau et les installations d’assainissement et de contaminer les sources d’eau. Elle a réitéré l’appel du Secrétaire général à consacrer 50% du financement climatique à l’adaptation.

Troisièmement, Amina Mohammed a estimé qu’il fallait impliquer davantage de femmes décideurs. « Les femmes et les filles souffrent de manière disproportionnée lorsque l’eau et l’assainissement font défaut, affectant la santé et restreignant souvent les possibilités de travail et d’éducation. Mais les femmes sont également l’épine dorsale de l’agriculture et les principales gérantes des ressources naturelles. La réponse à la Covid-19 a mis en évidence le pouvoir du leadership des femmes. Tirons parti de cette expérience pour mettre en place des politiques pour construire une économie verte », a-t-elle dit.

Elle a rappelé que le système des Nations Unies s’est réuni l’année dernière, sous la direction d’ONU-Eau, pour élaborer un cadre d’accélération mondial de l’ODD 6, qui vise à améliorer la gouvernance et la gestion mondiales de l’eau et de l’assainissement. Selon elle, le cadre est un moyen important de partager les leçons, les connaissances, les solutions et les bonnes pratiques.

Elle s’est dit encouragée par la déclaration conjointe publiée avant la réunion organisée ce jeudi et signée par 160 pays, démontrant leur ferme engagement à faire progresser l’ODD6.

Un enfant sur cinq dans le monde n’a pas assez d’eau
Le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) a indiqué pour sa part dans un communiqué de presse qu’à l’échelle mondiale plus de 1,42 milliard de personnes ¬– dont 450 millions d’enfants – vivent dans des zones où la vulnérabilité hydrique est élevée ou extrêmement élevée. Cela signifie qu’un enfant sur cinq dans le monde n’a pas assez d’eau pour la vie de tous les jours.

Dans une analyse publiée jeudi, l’UNICEF recense les zones où la pénurie physique d’eau coexiste avec un faible niveau des services nécessaires à son utilisation. Les habitants de ces zones dépendent des eaux de surface, de points d’eau non améliorés ou de points d’eau situés à plus de 30 minutes de chez eux.

« La crise mondiale de l’eau ne se profile pas seulement à l’horizon ; elle est déjà là, et les changements climatiques ne feront que l’aggraver », explique la Directrice exécutive de l’UNICEF, Henrietta Fore. « Les enfants en sont les premières victimes. Quand les puits s’assèchent, ce sont les enfants qui manquent l’école pour aller chercher de l’eau. Quand il y a moins à manger à cause de la sécheresse, les enfants souffrent de malnutrition et de retards de croissance. Quand il y a des inondations, les enfants sont atteints de maladies transmises par l’eau. Et quand les ressources en eau diminuent, les enfants ne peuvent se laver les mains pour se protéger des maladies ».

Les données montrent que, dans plus de 80 pays, des enfants vivent dans des zones où la vulnérabilité hydrique est élevée ou extrêmement élevée. C’est en Afrique de l’Est et australe que la proportion d’enfants vivant dans ces zones est la plus élevée, plus de la moitié (58%) des enfants de ces régions ayant tous les jours des difficultés à accéder à suffisamment d’eau. Viennent ensuite l’Afrique de l’Ouest et centrale (31%), l’Asie du Sud (25%) et le Moyen-Orient (23%). L’Asie du Sud compte le nombre le plus élevé d’enfants vivant dans des zones à la vulnérabilité hydrique élevée ou extrêmement élevée : plus de 155 millions.

Dans 37 pays « sensibles », la situation est particulièrement grave lorsqu’on considère le nombre absolu et la proportion d’enfants touchés par le problème et les zones ayant besoin de la mobilisation des ressources, de l’appui et de l’action urgente de la communauté internationale. Sur cette liste figurent notamment l’Afghanistan, le Burkina Faso, l’Éthiopie, Haïti, l’Inde, le Kenya, le Niger, le Nigéria, le Pakistan, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, le Soudan, la Tanzanie et le Yémen.

Si les effets de la pénurie d’eau peuvent être ressentis par tous, ce sont les enfants les plus vulnérables qui souffrent le plus.

Dans ces conditions, l’UNICEF a lancé l’initiative Sécurité hydrique pour tous afin que chaque enfant ait accès à des services d’approvisionnement en eau durables et résilients face aux changements climatiques. Cette initiative vise à mobiliser des ressources, des partenariats, des innovations et l’action mondiale en faveur des zones sensibles où les besoins en services d’approvisionnement en eau, d’assainissement et d’hygiène sûrs, résilients et durables sont les plus importants et les plus urgents.« Nous devons agir maintenant, à la fois pour remédier à la crise de l’eau et pour l’empêcher de s’aggraver », affirme Henrietta Fore. « Nous ne pouvons parvenir à la sécurité hydrique pour chaque enfant qu’au moyen d’innovations, d’investissements et de collaboration et qu’en veillant à ce que les services disponibles soient durables et résilients face aux chocs climatiques. Pour nos enfants et notre planète, nous devons agir ».

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