Barbara Cassin, 9e femme à entrer à l’Académie française

Barbara Cassin, 9e femme à entrer à l'Académie française
Par Coyau / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

Neuvième femme seulement admise à l’Académie française, la philosophe et philologue Barbara Cassin, passionnée par la richesse des langues, va faire entrer jeudi sous la Coupole l’esprit de résistance contre le formatage de la globalisation. L’auteure de “L’éloge de la traduction” ne supporte pas le “global english”, cet anglais simplifié qui, selon la philosophe, “formate la pensée”. “Cela réduit les langues de culture, français et autres, à des dialectes à parler chez soi”, déplore Barbara Cassin. “La diversité européenne c’est avant tout la diversité de ses langues et de ses cultures”. Comme l’impose la tradition de l’Académie, un mot lui a été attribué à l’occasion de son installation. Ce mot est “vigueur” dont la définition dans le dictionnaire de l’Académie est “force dans sa plénitude, énergie intacte”. Mardi soir, la directrice de recherche du CNRS avait rassemblé ses amis dans la salle des Caryatides du musée du Louvre à Paris pour la cérémonie de l’épée, un des symboles des immortels avec l’habit vert (celui de Barbara Cassin, “un peu sexy” selon elle, a été créé par Guillaume Henry, le directeur artistique de Patou). C’est peu dire que l’épée choisie par l’académicienne détonne. “Elle voulait une épée laser”, s’amuse Sophie de Closets, directrice des éditions Fayard. Cette épée “non léthale”, précise Xavier Darcos est un bijou high-tech. Pesant environ un kilo, sa lame est en cuir souple percée de petits trous où transparaît, grâce à un tissu en fibre optique, une phrase de Jacques Derrida, un des maîtres de Barbara Cassin. Cette phrase, “Plus d’une langue”, résume toute sa pensée. La philosophe entend défendre le français sans se résoudre au monolinguisme. “La magnifique diversité des langues” poursuit-elle “sert d’antidote au pseudo universel de la communication”. La garde de son épée pas comme les autres est un petit écran souple ressemblant à une montre connectée. Il permet, sourit la philosophe, de lire virtuellement “tous les textes du monde”. Le pommeau est la reproduction d’une statuette hittite, déesse de la fertilité, trouvée en Anatolie. “C’est une barbare, comme mon prénom Barbara”, sourit la philosophe. – De Homère à Heidegger – Née le 24 octobre 1947 à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), Barbara Cassin a suivi des études de philosophie à la Sorbonne. Elle entre au CNRS en 1984. Elle en a reçu la médaille d’or (la plus haute distinction scientifique française) en septembre 2018 pour l’ensemble de son “œuvre traversée par la question du pouvoir des mots et du langage”. Helléniste, elle est aussi éditrice et directrice de collections consacrées à la philosophie.

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