L’agriculteur charentais Paul François, hospitalisé en 2004 après avoir inhalé un herbicide produit par Monsanto, fait face pour la quatrième fois ce mercredi au géant américain.

Il veut faire reconnaître la responsabilité de Monsanto dans son intoxication. « Je me retrouve porte-étendard bien malgré moi » : l’agriculteur Paul François fait face pour la quatrième fois à Monsanto devant la justice, mercredi, pour tenter de faire reconnaître la responsabilité de l’entreprise américaine dans son intoxication à un herbicide en 2004. « On continuera (le combat) jusqu’au bout mais je suis fatigué », a déclaré mercredi le Charentais lors d’une conférence de presse à Lyon, avant cette nouvelle audience devant la cour d’appel.

Ce céréalier de Charente avait été intoxiqué en avril 2004 après avoir inhalé des vapeurs de Lasso, un herbicide de Monsanto. Après plusieurs malaises, Paul François avait été longuement hospitalisé et frôlera même la mort.

Il souffre toujours de graves troubles neurologiques.

Combat judiciaire Une fois son mal reconnu comme maladie professionnelle, l’agriculteur s’est lancé en 2007 dans un combat judiciaire contre le géant américain, filiale de l’allemand Bayer depuis 2018. Il réclame « plus de un million d’euros » à Monsanto. Paul François avait obtenu gain de cause en première instance et en appel. Mais l’affaire a été de nouveau renvoyée l’année dernière devant la cour d’appel par la Cour de cassation. Celle-ci a estimé nécessaire le réexamen de l’affaire en se basant non pas sur un fondement de droit commun – le « défaut d’information » –, mais sur la responsabilité de produits défectueux.

Pour la sociologue du travail Annie Thebaud-Mony, fervent soutien de l’agriculteur, « ce procès est une brèche dans l’impunité » des industriels qui saisissent les juridictions « indéfiniment », tandis que les juges ont « déjà dit que « Oui, Monsanto a intoxiqué Paul François » ».

« Expérimentation humaine »

La chercheuse à l’Inserm a également jugé « scandaleux » que « les industriels paient des scientifiques – ce qui fait la honte de la communauté scientifique – pour produire le doute là où il n’y en a plus », au sujet de la dangerosité des pesticides. « Dire que les pesticides ne sont pas dangereux, c’est dire n’importe quoi et c’est faire de l’expérimentation humaine », a-t-elle fustigé. Interdit en France depuis novembre 2007, l’herbicide Lasso incriminé par M. François a été jugé dangereux et retiré du marché au Canada dès 1985, puis en 1992 en Belgique et au Royaume-Uni.

Un fonds d’indemnisation pour les victimes

Le groupe Bayer s’est dit mardi « attaché à une juste compréhension des situations ». « Nous souhaitons également rappeler que l’utilisation de produits phytosanitaires ne présente pas de risque pour la santé humaine lorsque ceux-ci sont utilisés dans les conditions d’emploi définies dans le cadre de leur autorisation de mise sur le marché », a poursuivi l’entreprise. Président de l’association Phyto-victimes, Paul François réclame la mise en place d’un fonds d’indemnisation pour les victimes de pesticides, voté à l’unanimité au Sénat mais qui n’a depuis pas été voté à l’Assemblée nationale, la ministre de la Santé Agnès Buzyn ayant « mis tout son poids » pour empêcher ce vote. « C’est scandaleux pour les milliers de personnes qui n’ont pas obtenu d’indemnisation, ça montre vraiment que le problème des pesticides n’est pas pris en compte », a dénoncé le céréalier.

Sortir des pesticides

À la tête d’une exploitation de plus de 200 ha, Paul François s’est converti en bio à partir de 2015, assurant dégager depuis « de la rentabilité », avoir maintenu un emploi et avoir « aussi repris (sa) liberté d’agriculteur ». « Il ne s’agit pas de sortir des pesticides du jour au lendemain mais sortir sur les quinze prochaines années, c’est réalisable et c’est là que les politiques manquent de courage », a assuré le céréalier. S’agissant du glyphosate, autre herbicide commercialisé par Monsanto, le président Emmanuel Macron avait déclaré le 25 janvier lors d’un débat-citoyen dans la Drôme que la France ne parviendrait pas à se passer « à 100 % » du glyphosate dans les trois ans comme il s’y est engagé.

Label : Kangai News
Partager

Articles Récents

Départs en vacances, journées rouge sur les routes

Nouvelle vague de grands départs en vacances ce week-end. Bison futé classe la journée de vendredi orange et celle de…

19 juillet 2019 08:38

De 35 à 40 degrés, retour de la canicule à Toulouse

Météo France confirme ses prévisions, un nouvel épisode de canicule est prévu en début de semaine prochaine à Toulouse et…

19 juillet 2019 08:04

Toulouse Bagnères de Bigorre, pourquoi c’est une étape piège pour les favoris du Tour

La 12e étape du Tour de France, longue de 209 kilomètres mène les coureurs de Toulouse quartier Bagatelle à Bagnères de…

18 juillet 2019 10:11

Sauvagement poignardée à Toulouse, une femme entre la vie et la mort

Une femme a été sauvagement agressée dans la nuit de mercredi à jeudi dans le quartier Bonnefoy à Toulouse. Son…

18 juillet 2019 06:38

Le Tour des Pitchounes à Toulouse Bagatelle

Après plusieurs années de tractations entre les membres de l'association MediaPitchounes, les autorités et les organisateurs de la course, le…

18 juillet 2019 06:20

Albi Toulouse, itinéraire et horaires de la 11e étape du Tour de France

Après une journée de repos à Albi, les coureurs du Tour de France arrivent à Toulouse pour la 11e étape.…

17 juillet 2019 07:56