l’Europe à l’aube d’une crise du lait par Marc Tarabella député européen

« Le scénario catastrophe est en train de se réaliser. Les quotas laitiers seront abandonnés définitivement dès ce mois d’avril. S’en suivra un raz de marée de lait déversé sur les marchés européens dans lequel les producteurs les moins forts seront noyés au grand dam de l’agriculture européenne, du circuit court de l’emploi mais aussi du consommateur. Alors que le Commissaire européen Hogan et les ministres nationaux ont annoncé qu’il n’y avait pas de crise, des milliers de producteurs payent pour travailler et se dirigent tout droit vers une faillite annoncée. Des solutions existent pourtant ! », tempête Marc Tarabella en charge de la Protection du consommateur et de l’Agriculture au Parlement européen. « 300.000 Européens travaillent directement dans le secteur du lait, ce chiffre pourrait sévèrement être écrémé à l’avenir.

Les raisons

1/ Le lait inonde le marché

Déjà en 2014, la production de lait a augmenté de 7,5 millions de tonnes pour atteindre 148 millions. La fin des quotas signifie une production sans limite et une explosion de celle-ci dans les pays où le coût est plus faible ou lorsque les infrastructures sont plus imposantes.

2/ Le prix du lait plonge

Pour que le producteur ne perde pas d’argent, le litre de lait devrait coûter 0,37€. Hors, actuellement, ce prix oscille autour de 0,31€. En d’autres termes, des citoyens payent pour avoir le droit de travailler, et travaillent, jour après jour, donc à perte !

Une surabondance de lait pourrait faire plonger ce prix jusqu’à 0,25 puis 0,20 , soit le prix de 1979… Une situation de faillite garantie pour de nombreux travailleurs du secteur.

De plus, le consommateur ne profite pas non plus de ces baisses.
Exemple : entre 2000 et 2007, les prix aux producteurs ont baissé de 6% tandis que les prix à la consommation augmentaient de 17%

3/ La volatilité des marchés

En Europe, le prix du lait a chuté de 11% en 2014, de plus de 20% en Belgique et même de 40% dans certains pays comme l’Estonie. L’embargo russe a accentué la pression sur les cours du marché mais cette seule raison est loin d’être suffisante. Depuis 2008 et les premières spéculations de masse sur les denrées alimentaires, le marché est devenu toxique pour les producteurs.

Les solutions

Après un tel constat, on ne peut que s’interroger sur les déclarations optimistes de plusieurs gouvernements et du Commissaire européen en charge de l’Agriculture.
Les pays et représentants les plus conservateurs ont prôné le libéralisme à outrance, ont mis tout leur poids pour l’abandon des quotas, mais sans jamais vouloir préparer la période post-quota. Pire encore, ceux qui ont voulu dénoncer la situation ou proposer des alternatives se sont fait marginaliser au sein des instances du pouvoir.
1/ Les autorités publiques doivent avoir un rôle de contrôle

Force est de constater que le marché ne se régule pas seul contrairement à ce qu’une partie de l’échiquier politique et les grands groupes industriels tentent de nous faire croire depuis des années ! Un mécanisme de gestion publique, comme nous l’avions déjà proposé en vain en 2012, est indispensable !

2/ La gestion de l’offre fait partie de la solution, pas du problème

A travers le monde, la situation des producteurs laitiers s’est dramatiquement dégradée, sauf au Canada. Non seulement leur système de gestion de l’offre ne coûte rien au contribuable, mais, en plus, il permet d’éviter le déblocage de fonds d’urgence pour venir au secours d’une filière stratégique. Paradoxalement, dans le cadre de l’accord de libre-échange avec le Canada (CETA), l’Europe, plutôt que de s’inspirer de ce qui marche là-bas, a demandé que le partenaire cesse ce type de gestion pour ne pas provoquer de concurrence déloyale…

3/ Système de cliquets

L’idée est simple : dès que le prix dépasse un certain seuil positif, une partie des bénéfices est placée dans un pot commun et redistribuée quand le prix chute sous un seuil négatif. Il s’agit d’une mesure qui ne peut suffire en soi mais peut être complémentaire.

4/ Le filet de sécurité : assurer les productions

Si certaines personnes sans scrupules peuvent spéculer sur le lait, pourquoi ne pourrions-nous pas faire assurer les productions. Les éleveurs décideraient s’ils souscrivent ou pas à une assurance et choisissent le niveau de couverture.

5/ Étiquetage d’origine du lait

Il n’existe aucune législation européenne sur la mention de l’origine du lait. J’ai d’ailleurs ce lundi le Commissaire sur la question.

En conclusion

Même si certains gouvernements ou certains décideurs ont du mal à l’admettre, nous sommes à l’aube d’une crise laitière sans précédent. Arrêter un système sans même avoir mis en place son alternative est une aberration.
La Commission européenne remettra un avis le 28 février, nous verrons alors si les acteurs de terrain et les dirigeants progressistes seront enfin entendus. » conclut l’Eurodéputé PS Marc Tarabella.

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