Syrie. attaques chimiques, les preuves de la France

Syrie attaques chimiques preuves franceLe ministère de la défense vient de publier ses preuves d’une attaque chimique en Syrie, fin août 2013. Sur ordre de Jean Marc Ayrault et François Hollande, les notes des services secrets français, DGSE et DRM ont été transmises aux principaux acteurs du Parlement. Elles viennent d’être rendues publiques sur le site du ministère de la défense. C’est une première s’agissant de la déclassification de notes de services de renseignement français. Les voici in extenso :

Depuis près de cent ans, la Communauté internationale a créé une norme : l’interdiction d’utiliser des armes chimiques. La France dispose de capacités de renseignement pour connaître le programme chimique syrien qui a débuté dans les années 70. De nombreuses preuves démontrent l’utilisation d’armes chimiques lors de l’attaque du 21 août 2013.

Cartes des attaques chimiques syriennes du 21 août 2013
La prolifération des armes de destruction massive et de leurs vecteurs est une menace à la paix et à la sécurité internationale. La synthèse nationale de renseignement déclassifié sur le programme chimique syrien confirme l’emploi passé d’agents chimiques (sarin) par le régime et notamment, leur utilisation lors de l’attaque du 21 août 2013 dans plusieurs quartiers de Damas. Sans réaction face à l’emploi massif d’agents chimiques, leur prolifération et leur utilisation seraient encouragées. L’autonomie stratégique de la France lui permet de planifier et de conduire une action militaire ciblée, limitée dans le temps. Cependant, la sécurité internationale étant remise en cause, la France souhaite construire une coalition internationale et va s’y employer dans les jours à venir.

Synthèse nationale de renseignement déclassifié
Programme chimique syrien
Cas d’emploi passés d’agents chimiques par le régime
Attaque chimique conduite par le régime le 21 août 2013
Ce document est constitué de renseignements déclassifiés issus des sources
propres françaises. Il repose également sur l’analyse technique approfondie des
sources ouvertes réalisée par nos services. Il reprend enfin certains éléments
complémentaires recueillis dans le cadre de coopérations avec nos principaux
partenaires.
La Syrie détient l’un des plus importants stocks opérationnels au monde d’armes
chimiques, dans le cadre d’un programme ancien et diversifié qui fait depuis
longtemps l’objet d’une surveillance des services français et de nos principaux
partenaires. Ce programme est l’une des principales menaces en termes de
prolifération d’armes de destruction massive, dont la réduction est un objectif
majeur de notre défense, réaffirmé dans le récent Livre blanc sur la défense et la
sécurité nationale.
Dans les combats engagés contre l’opposition au régime du Président Assad,
Damas a déjà employé de telles armes, notamment du sarin, dans des attaques
limitées contre sa propre population, en particulier au mois d’avril 2013.
L’analyse des renseignements dont nous disposons aujourd’hui conduit à
estimer que, le 21 août 2013, le régime syrien a lancé une attaque sur certains
quartiers de la banlieue de Damas tenus par les unités de l’opposition, associant
moyens conventionnels et usage massif d’agents chimiques.
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1. – Le programme chimique syrien
La Syrie dispose de longue date d’un arsenal chimique conséquent, et de
nombreux vecteurs associés. Le régime syrien l’a reconnu le 23 juillet 2012 par
la voix de son porte-parole du Ministère des Affaires étrangères, qui a confirmé
que « ces différentes armes [chimiques ou non conventionnelles] sont stockées
et sécurisées sous la supervision des forces armées ». La Syrie n’est pas partie à
la Convention pour l’Interdiction des Armes Chimiques (CIAC) de 1993,
contrairement à 189 Etats dans le monde.
Le programme chimique syrien a commencé au cours des années 1970 avec
l’importation de munitions chimiques. Depuis les années 1980, Damas a
entrepris de se procurer les matériels, les produits et les savoir-faire nécessaires
à la mise en place d’une capacité de production nationale autonome et massive
dans ce domaine.
La nature de l’arsenal chimique syrien
Avec plus de mille tonnes d’agents chimiques de guerre et de précurseurs,
Damas détient l’un des stocks opérationnels les plus importants au monde, sans
perspective de destruction programmée, en l’absence de volonté d’adhésion de
Damas à la Convention sur l’Interdiction des Armes Chimiques.
L’arsenal chimique syrien est particulièrement massif et diversifié. Il comprend :
· Plusieurs centaines de tonnes d’ypérite stockée sous forme finale.
· Plusieurs dizaines de tonnes de VX. Le VX est le plus toxique des agents
de guerre chimique connus.
· Plusieurs centaines de tonnes de sarin, qui constituent l’essentiel du stock.
Le sarin et le VX, neurotoxiques organophosphorés, sont en partie stockés sous
forme binaire, c’est-à-dire conservés sous la forme de deux produits chimiques,
appelés précurseurs, qui sont mélangés juste avant l’emploi. Cette technique et
les procédures associées révèlent une grande maîtrise de la technologie des
armes chimiques par le régime syrien.
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Les scientifiques syriens ont également travaillé sur l’ypérite à l’azote, agent
vésicant de première génération, ainsi qu’un neurotoxique organophosphoré
dont la toxicité est supérieure à celle du sarin.
Les vecteurs
Damas est en mesure de mettre en oeuvre ses armes chimiques au moyen d’une
très large gamme de plusieurs milliers de vecteurs :
· Des missiles SCUD C, dont la portée s’élève à 500 kilomètres. Ils sont
capables d’emporter ypérite, sarin ou VX.
· Des missiles SCUD B, emportant du sarin ou du VX à 300 kilomètres.
· Des missiles M600, d’une portée de 250 à 300 kilomètres. Ils peuvent être
chargés de chacun des trois toxiques précités.
· Des missiles SS21, adaptés à la mise en oeuvre des trois agents toxiques
de guerre mentionnés, mais d’une portée plus réduite (70 kilomètres).
· Des bombes aériennes, destinées à transporter du sarin. Selon le modèle,
elles délivrent entre 100 et 300 litres d’agent toxique.
· Des roquettes d’artillerie, notamment de 302 et 320 millimètres, destinées
à délivrer de l’ypérite, du sarin ou du VX à une distance plus courte (50
km ou moins).
Certains missiles peuvent emporter jusqu’à plusieurs centaines de litres d’agent
toxique.
Des activités observées depuis plusieurs années sur des sites d’essais syriens
témoignent que de nouveaux modes de dispersion sont à l’étude. Notamment,
depuis le début du conflit, nos renseignements confirment une utilisation par le
régime de munitions transportant de plus faibles volumes d’agents chimiques,
adaptées à un usage tactique, plus ciblé et localisé.
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Capacités avérées d’emport d’armes chimiques par des vecteurs syriens
Il ne peut être exclu que ces essais aient aussi été conduits avec d’autres types de
produits chimiques détournés de leur usage civil et employés à dose létale.
La chaîne de commandement et les responsabilités
Le programme chimique syrien s’articule autour du Centre d’Etudes et de
Recherches Scientifiques (CERS). Il est chargé notamment de la production des
agents toxiques de guerre.
Sa Branche 450 est responsable des opérations de remplissage des munitions
chimiques, mais également de la sécurité des sites et des stocks chimiques.
Composée uniquement de militaires alaouites, cette unité se distingue par une
fidélité élevée au régime.
Bachar al Assad et certains des membres les plus influents de son clan sont les
seuls habilités à donner l’ordre d’utiliser des armes chimiques. L’ordre est
ensuite transmis aux responsables des branches compétentes du CERS. En
parallèle, l’état-major des armées reçoit l’ordre et décide des cibles, des armes et
des toxiques à mettre en oeuvre.
VX Sarin Ypérite Portée
SCUD C 500 km
SCUD B 300 km
M 600 250-300 km
SS21 70 km
Bombe
Roquettes 50 km
Autres munitions
tactiques
Inférieure à 50 km
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2. – Des attaques chimiques déjà conduites par le régime syrien
Des cas d’emploi d’agents chimiques par le régime syrien dans des attaques
contre des zones tenues par l’opposition, dans un but de conquête de terrain ou
de terreur, ont été constatés ces derniers mois. Le régime a ainsi violé ses
engagements souscrits depuis 1968 au titre du protocole de Genève de 1925
concernant la prohibition d’emploi à la guerre de gaz asphyxiants, toxiques ou
similaires et de moyens bactériologiques.
Les services compétents français ont récupéré des échantillons biomédicaux
(sang, urine), environnementaux (sol) et matériels (munitions), prélevés sur des
victimes ou sur les sites des attaques de Saraqeb, le 29 avril 2013, et de Jobar, à
la mi-avril 2013. Les analyses conduites ont confirmé l’emploi de sarin.
Le 29 avril, nous savons que le régime syrien a conduit une attaque contre la
localité de Saraqeb, située à 30 km au Sud-Est d’Idleb. Un hélicoptère a survolé
à haute altitude la ville et a largué sur les quartiers ouest de petites munitions
diffusant une fumée blanche. Environ vingt personnes ont été intoxiquées et
évacuées vers les hôpitaux, où des personnels médicaux ont été intoxiqués par
transfert de contamination. Les analyses ont confirmé que l’agent employé avait
été du sarin.
A la mi-avril, quarante personnes ont été intoxiquées et évacuées dans les
quartiers est de Damas, dans la ville de Jobar. L’analyse des échantillons
biomédicaux prélevés, dans des conditions vérifiées par nos services, sur des
victimes de cette attaque a également confirmé l’emploi de sarin.
Les attaques ainsi avérées ont montré que les forces du régime de Bachar El
Assad adaptaient leur tactique et les munitions de leur stock aux objectifs de
terreur à l’encontre de la population civile.
Ces événements passés et l’emploi simultané et massif d’agents chimiques
intervenu dans la nuit du 21 août 2013 sur la banlieue est de Damas confirment
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donc que le régime syrien a délibérément franchi un seuil. Nos services
disposent d’informations, de source nationale, laissant penser que d’autres
actions de cette nature pourraient être encore conduites.
3. – Un emploi massif et coordonné d’agents chimiques contre la
population civile le 21 août
Sur la base d’une analyse technique méthodique de 47 vidéos originales des
événements du 21 août, un premier décompte, quartier par quartier, du nombre
des victimes a été réalisé. Au vu de ce seul échantillon de vidéos, ont été
recensés au moins 281 décès, localisés dans la Ghouta Est (quartiers d’Ain
Tarma, de Douma, d’Erbin, de Jobar, de Kfar Batna, de Qas Alaa, de Zamalka)
et Ouest (quartier de Mudamiyat Sham).
Nos renseignements propres confirment que, dans l’hôpital de Douma, la moitié
des victimes sont des femmes et des enfants et que dans 50% des cas, la mort est
immédiate. Les médecins déduisent qu’une forte concentration de toxique a
donc été employée.
D’autres évaluations indépendantes, par exemple effectuées par Médecin sans
frontières, font état d’au moins 355 morts. Plusieurs décomptes techniques,
selon différentes sources, évaluent le bilan à environ 1500 morts. Les travaux
réalisés par nos experts, consistant à modéliser l’impact d’une attaque chimique
sur les populations des sites cités, sont cohérents avec ce nombre.
Outre le fait que les victimes ne portent pas de blessures corporelles, les
symptômes agoniques sont pour l’essentiel des convulsions généralisées,
nausées, vomissements, myosis, hypersécrétion de salive, dyspnée, étouffement,
perte de connaissance, signes cliniques cohérents avec une intoxication aux
agents chimiques. Des cas avérés de contaminations croisées des personnels
soignants ont été rapportés de plusieurs sources.
L’observation de nombreux enfants en bas âge souffrant de symptômes violents
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(convulsions notamment), sur huit sites différents, porte à conclure qu’une mise
en scène ou une manipulation de la part de l’opposition sont très peu probables.
Ces constats, de même que la multiplicité des sources vidéos et des témoignages,
excluent toute possibilité de falsification par celle-ci.
L’afflux massif de patients dans un temps très court dans différents hôpitaux, le
nombre de victimes et leur provenance de plusieurs sites distincts, confortés par
les analyses de l’ensemble des informations en notre disposition, sont
caractéristiques des effets d’une attaque au moyen d’agents chimiques de forte
létalité ; ils confirment qu’une attaque massive et coordonnée a été conduite
dans la nuit du 21 août 2013.
4. – L’attaque du 21 août ne peut avoir été ordonnée et conduite que par le
régime
L’attaque combinée du 21 août répond à un schéma tactique classique
(préparation d’artillerie, puis offensive terrestre) et l’emploi d’agents chimiques
s’est intégré dans une manoeuvre tactique cohérente, au plan militaire, avec la
doctrine d’emploi des forces syriennes. Des renseignements crédibles de
plusieurs partenaires font état de préparatifs spécifiques les jours précédents le
21 août.
Des bombardements conventionnels aériens et à l’artillerie ont eu lieu entre trois
heures et quatre heures du matin sur la Ghouta Est. En parallèle, les localités de
Zamalka, Kafr Batna et Ayn Tarma ont été touchées par des attaques chimiques.
A six heures du matin, une offensive terrestre du régime a été lancée sur ces
localités.
Plusieurs sources font état d’utilisation de roquettes d’artillerie, différentes de
celles du stock de munitions le plus connu (missiles et bombes). Nos analyses
techniques confirment que les restes de roquettes observés à cette occasion,
comme lors de certains précédents ponctuels, se prêtent à l’emploi d’agents
chimiques.
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Le régime a ensuite conduit des frappes terrestres et aériennes importantes sur
les zones des attaques. Il s’est attaché à retarder l’arrivée des inspecteurs
pendant plusieurs jours. Ces éléments confirment une claire volonté de
destruction des preuves a posteriori. De plus, des militaires ont déclenché des
incendies, qui visaient vraisemblablement à purifier l’atmosphère grâce au
mouvement d’air généré.
Nos renseignements confirment que le régime redoutait une attaque d’ampleur
de l’opposition sur Damas dans cette période. Notre évaluation est que le régime
a cherché par cette attaque à desserrer l’étau et à sécuriser des sites stratégiques
pour le contrôle de la capitale. A titre d’exemple, le quartier de Moadamiyé est
localisé à proximité de l’aéroport militaire de Mezzeh, emprise des services de
renseignement de l’Armée de l’Air.
Au demeurant, il est clair, à l’étude des points d’application de l’attaque, que nul
autre que le régime ne pouvait s’en prendre ainsi à des positions stratégiques
pour l’opposition.
Nous estimons enfin que l’opposition syrienne n’a pas les capacités de conduire
une opération d’une telle ampleur avec des agents chimiques. Aucun groupe
appartenant à l’insurrection syrienne ne détient, à ce stade, la capacité de stocker
et d’utiliser ces agents, a fortiori dans une proportion similaire à celle employée
dans la nuit du 21 août 2013 à Damas. Ces groupes n’ont ni l’expérience ni le
savoir-faire pour les mettre en oeuvre, en particulier par des vecteurs tels que
ceux utilisés lors de l’attaque du 21 août.

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