Pourquoi la Bosnie ne prend pas le chemin de l’Union européenne

En dépit de l’amélioration de l’atmosphère dans la région, la situation politique en Bosnie-Herzégovine reste difficile. Quinze ans après la signature des Accords de Dayton, le dialogue et les compromis restent insuffisant, et l’agenda des nationalistes continue de prendre le dessus sur la coopération, a regretté jeudi Valentin Inzko, le Haut Représentant international en Bosnie-Herzégovine, à l’occasion de la présentation au Conseil de sécurité de l’ONU de son dernier rapport sur la situation dans ce pays.

Devant les Etat membres, il a d’abord rappelé que depuis les Accords de Dayton de 1995 qui ont mis fin à la guerre civile en Bosnie-Herzégovine et créé deux entités (Fédération de Bosnie et Herzégovine et République serbe de Bosnie), « des progrès significatifs » avaient été faits, « comme le prouve la présence, comme membre non permanent, de la Bosnie Herzégovine au Conseil de sécurité ».

Autre signe des progrès réalisés selon lui, les visites respectives en Bosnie Herzégovine l’été dernier des présidents de Croatie et de Serbie, « qui ont souligné le besoin de réconciliation et de renforcement de la coopération régionale ».
« Il y a des gestes positifs, qui ont un impact positif sur la région et sur la Bosnie Herzégovine », a-t-il poursuivi, estimant par exemple que « la réconciliation régionale a aussi entraîné une amélioration de la coopération entre les institutions judiciaires, puisque la Bosnie Herzégovine applique depuis peu les décisions de justices des tribunaux de Croatie ou de Serbie ».

En dépit de ces progrès, Valentin Inzko a indiqué que « la Bosnie Herzégovine n’utilise pas tout son potentiel et qu’elle n’a fait que des progrès limités ces dernières années, sur le passage de réformes clés exigées pour son entrée dans l’Union européenne (UE) et dans l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) ».

« Au lieu de ça, il y a eu une augmentation marquée de l’usage d’une rhétorique négative source de divisions et du rejet des réformes », a-t-il regretté, estimant que les quatre dernières années avaient été marquées par « la stagnation et la perte de temps ».

Valentin Inzko s’est en particulier inquiété « des attaques répétées contre les fondements du pays et ses institutions, notamment le cadre constitutionnel ». Il a estimé d’abord qu’il y avait eu ces dernières années « des changements fondamentaux dans la rhétorique et les attaques verbales contre l’Etat », conduisant par exemple « les responsables politiques de la République serbe de Bosnie à faire référence à l’indépendance de leur entité, au prétexte que la Bosnie Herzégovine serait un Etat impossible ». De même que les appels à la création dune entité autonome croate par le parti nationaliste croate de Bosnie, Valentin Inzko a souligné que ces attaques verbales répétées « accroissaient la tension ».
Pour illustrer encore le manque de progrès ces quatre dernières années, qui a conduit selon lui « à la stagnation du pays », il a également mis en avant la multiplication des « obstructions politiques » par les élus de tout bord. « Par rapport au parlement en place de 2002-2006, l’actuel parlement a voté un tiers de lois en moins, le nombre de législations rejetées a fortement augmenté et l’utilisation du vote communautaire s’est renforcé ». Valentin Inzko a également dénoncé « l’augmentation des initiatives unilatérales -avec les entités qui adoptent et mettent en œuvre des législations locales, sans se soucier de l’Etat central ou des autres entités de la fédération ».
« Il est clair que la Bosnie Herzégovine ne peut pas s’offrir quatre années supplémentaires de stagnation et de désaccords internes. Il y a un besoin réel que les dirigeants politiques redonne un nouvel élan au changement et aux réformes », a ensuite demandé le Haut Représentant international.
Selon lui, « le choix qui se pose au pays aujourd’hui n’est pas celui de la survie en tant qu’Etat ou au contraire de sa partition », car « si la partition du pays avait été possible, elle aurait été réalisée en 1995 ». « Le choix qui se pose, c’est celui des réformes et de l’intégration à l’UE et l’OTAN, ou au contraire la stagnation et l’isolement », a-t-il insisté.
Valentin Inzko a donc formulé plusieurs recommandations, en commençant par celle adressée à la communauté internationale qui « doit rester concentrer sur ce pays ». « Nous devons continuer d’accompagner les autorités sur le chemin de l’intégration à l’UE et l’OTAN et la communauté internationale doit clairement le signifier au futur gouvernement », a-t-il ajouté, avant d’estimer qu’;il était « urgent d’appeler les responsables politiques à former un gouvernement dont c’est la priorité ».

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