Recrudescence des violences homophobes dans le monde

« Il est temps de faire entendre notre voix. Nous avons tous le devoir de lutter contre l’intolérance et les préjugés et de demander que les auteurs de crimes de haine rendent des comptes », déclare la Haut commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Navi Pillay, dans un point de vue publié dans le journal américain The Washington Post.

Sous le titre « Comment nous pouvons lutter contre l’homophobie », elle revient sur la recrudescence ces dernières semaines dans le monde des attaques dirigées contre des personnes perçues comme gays, lesbiennes, bisexuelles ou transgenres : du suicide de six adolescents homosexuels raillés par leurs camarades de classes aux Etats-Unis, à l’attaque au cocktail Molotov d’un rassemblement homosexuel à Belgrade, en Serbie, en passant par la flambée de viols de lesbiennes en Afrique du Sud justifiés comme une tentative de « corriger » leur sexualité.

Pour Navi Pillay, « l’homophobie, comme le racisme et la xénophobie, existe à des degrés divers dans toutes les sociétés ». « Chaque jour, dans tous les pays, les individus sont persécutés, calomniés ou violemment agressés, voire tués, en raison de leur orientation sexuelle et identité de genre », rappelle-t-elle.

Face à cette situation, la Haut Commissaire aux droits de l’homme estime qu’il est « du devoir de tous de lutter contre l’intolérance et les préjugés et de demander que les auteurs de crimes de haine rendent des comptes ».

La première priorité, selon elle, est de « faire pression pour que l’homosexualité soit décriminalisée dans le monde entier ». « Dans plus de 70 pays, les individus font en effet toujours face à des sanctions pénales sur la base de leur orientation sexuelle et ces lois exposent les personnes concernées à un risque permanent d’arrestation, de détention et, dans certains cas, de torture ou d’exécution », souligne-t-elle, ajoutant que ces législations « perpétuent la stigmatisation et contribuent à créer un climat d’intolérance et de violence ».

Navi Pillay estime toutefois que cette première étape n’est pas suffisante. « Dans les pays qui ont supprimé les sanctions pénales, des efforts plus concertés sont encore nécessaires pour lutter contre la discrimination et l’homophobie, y compris des initiatives législatives et éducatives », indique-t-elle, en se tournant d’abord vers « ceux en position d’autorité et d’influence, comme les politiciens, les dirigeants communautaires, des enseignants et des journalistes ».

Dans son point de vue, la Haut Commissaire aux droits de l’homme rappelle que dans certains pays, « ceux qui devraient faire preuve de retenue ou utiliser leur influence pour promouvoir la tolérance, trop souvent, font exactement le contraire, et renforcent les préjugés populaires ». Elle cite notamment un journal ougandais, qui a publié les photos de 100 Ougandais identifiés comme gays ou lesbiennes en une, sous le titre « Pendez-les ». « Nous devons juger ce « journalisme » pour ce qu’il est : une incitation à la haine et la violence », écrit-elle.

Navi Pillay rappelle également aux « dirigeants politiques et à ceux qui aspirent à la fonction publique » qu’ils ont « le devoir particulièrement important d’utiliser leurs mots à bon escient ». « Le candidat à une fonction publique qui, plutôt que de faire appel à la tolérance, fait des remarques occasionnelles visant à dénigrer des gens sur la base de leur sexualité, légitime l’homophobie », met-elle en garde.

Pour finir, elle revient sur un débat organisé en septembre au siège du Conseil des droits de l’homme, à Genève, en Suisse, en partenariat avec 14 pays d’Europe, d’Amérique et d’Asie, sur la question de la décriminalisation de l’homosexualité dans le monde. Navi Pillay reprend les propos de l’archevêque sud africain et Prix Nobel de la paix, Desmond Tutu, qui a partagé à cette occasion son expérience de l’apartheid : « Chaque fois qu’un groupe d’êtres humains est considéré comme inférieur à un autre, c’est le triomphe de la haine et de l’intolérance ».

« Il ne devrait pas y avoir besoin de centaines de morts et bastonnades supplémentaires pour nous convaincre de cette vérité. C’est à nous tous de demander l’égalité pour tous nos frères humains, quelle que soit leur orientation sexuelle ou identité de genre », conclut Navi Pillay.

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