Le clan Sarkozy miné par les affaires

Seconde partie de quinquennat et série d’ennuis pour Nicolas Sarkozy, toujours au plus bas dans les sondages. Celui qui prônait une “république irreprochable” lors de la campagne présidentielle est rattrapé par une série d’affaire particulièrement graves. En ce début d’été 2010 il plane sur l’Elysée un parfum de scandales et d’affairisme très similaire à la fin de règne de François Mitterrand. Pour reprendre une phrase attribuée à un autre président de la Ve République “les emmerdes arrivent en batterie”.

LA METHODE SARKOZY
Personne n’a oublié le style Sarkozy. Du “casse toi pauv con” en passant par le bling blig ou les tentatives de manipulation sur les leviers d’opinion et pierre angulaire du système démocratique : la presse et internet.

LE PROCES CLEARSTREAM
Le nom Nicolas Sarkozy n’apparaît pas dans des listings truqués de la société Clearstream. En revanche y figurent les noms Pal de Nagy et Stéphane Bocsa, compositions d’autres extraits de son patronyme Sarközy de Nagy-Bocsa avec ses autres prénoms et sont ainsi interprétés comme le désignant. Il se porte donc partie civile le 31 janvier 2006, relançant l’affaire. Selon un délateur surnommé « le corbeau », Nicolas Sarkozy aurait disposé de deux comptes dans une banque italienne (la Banca popolare di Sondrio), déguisés sous des noms proches de son identité. Le corbeau sous-entendait dans son courrier que les personnes citées, y compris Nicolas Sarkozy, auraient touché des pots-de-vin dans l’affaire des frégates de Taïwan.
Nicolas Sarkozy exige des explications auprès de Dominique de Villepin, alors ministre de l’Intérieur, et du directeur de la DST, Pierre Brochand[140]. La Banca popolare di Sondrio reçoit une commission rogatoire de la justice française, le 5 novembre 2004, et envoie une réponse négative le 16, affirmant que Clearstream ne détient pas de comptes personnels. Malgré cette célérité de la banque, ces résultats innocentant Nicolas Sarkozy n’ont été communiqués au juge Renaud Van Ruymbeke qu’un an plus tard[140]. Le journaliste Stéphane Denis affirme dans une interview au Point du 11 mai qu’il avait transmis en septembre 2004 et avril 2005 un message oral du général Rondot à Nicolas Sarkozy sur l’enquête Clearstream.

Imad Lahoud, soupçonné par les services de police d’être l’auteur des falsifications des listings, a affirmé, début novembre 2006, après l’avoir précédemment nié, qu’il avait rencontré deux fois, en 2004, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Économie, pour « évoquer » ce dossier. Nicolas Sarkozy a démenti cette allégation et fait établir que, le jour de la « rencontre » avancée par Lahoud, il était en voyage à l’étranger. Il assure, en outre, n’avoir appris toute l’histoire que par voie de presse. Le journaliste Éric Decouty affirme, pour sa part, que Nicolas Sarkozy aurait été mis au courant de la manipulation dont il était l’une des cibles plus tôt qu’il ne le prétend, en 2005, et qu’il a essayé de tirer profit politiquement de cette situation en laissant faire

LES ATTENTATS DE KARACHI ET LES RETROCOMMISSIONS
Le 17 juin 2009, deux juges antiterroristes chargés de l’enquête sur l’attentat de Karachi annoncent qu’il explorent l’hypothèse d’un règlement de compte entre les États pakistanais et français : des pots-de-vin auraient pu être promis par Édouard Balladur, alors Premier ministre, en 1994, en échange de rétrocommissions qui auraient assuré le financement de sa campagne pour l’élection présidentielle de 1995 (Nicolas Sarkozy était alors ministre du Budget et directeur de la campagne électorale du candidat Balladur). Lorsque Jacques Chirac fut élu président de la République en 1995, il annula le versement de ces commissions, ce qui aurait conduit à l’attentat, qui aurait été des représailles des services pakistanais. Interrogé sur cette affaire par un journaliste de l’AFP le 18 juin 2009, Nicolas Sarkozy qualifie ces allégations de « grotesques » et de « fables». Un rapport de la police luxembourgeoise a récemment mis en cause Nicolas Sarkozy comme responsable du financement illicite de la campagne présidentielle d’Edouard Balladur grâce aux ventes d’armes.

BRICE HORTEFEUX CONDAMNE
L’homme du premier cercle de Nicolas Sarkozy, d’abord ministre de l’identité nationale puis, puissant ministre de l’intérieur, Brice Hortefeux est dans la tourmente. Lors de l’université d’été 2009 de l’UMP, à Seignosse dans les Landes, il déclare, posant pour une photo avec un jeune militant d’origine maghrébine : « Il ne correspond pas du tout au prototype. Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes ». La scène a été filmée par une équipe de Public Sénat qui a décidé de ne pas la diffuser. La vidéo de cet échange est exploitée par Le Monde et déclenche la polémique. Le militant UMP qui apparaît sur cette vidéo défend le ministre de l’intérieur en déclarant notamment que « Ça a été entièrement sorti du contexte. Mon secrétaire départemental blaguait avec le ministre parce qu’il parle auvergnat et c’est de là que c’est parti ». La gauche de son côté demande la démission du ministre. La vidéo complète de Public Sénat, diffusée seulement après le déclenchement de la polémique (par ailleurs ignorée de TF1), et le verbatim de la vidéo, confirment cependant les propos à caractère raciste. Brice Hortefeux a depuis exprimé ses regrets, mais pas d’excuses, ces regrets portant sur une supposée mauvaise interprétation de ces propos et non sur les propos eux-mêmes. Le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples a porté plainte pour « diffamation à caractère raciste » ou pour injures raciales, et a demandé la démission du ministre.

Le 4 juin 2010, Brice Hortefeux est condamné par le tribunal correctionnel de Paris à 750 euros d’amende pour injures à caractère raciste, 2000 euros de dommages et intérêts et à publier le jugement dans un journal, compte tenu de « l’effet délétère sur le lien social d’un tel propos, quand il est tenu par un responsable de si haut niveau ». Il décide d’interjeter appel de cette décision.

L’ARGENT DES MINISTRES ET DES CONSEILLERS
Avec Christine Boutin ses larges émoluments pour un rapport maintes fois travaillé sur “la mondialisation et les questions sociales”, le cumul de rémunérations des ministres ou les remboursements faramineux d’achats de cigares sur les deniers publics au profit du secrétaire d’état chargé du grand Paris, le fossé se creuse entre les français auxquels ont demande de se serrer la ceinture pour cause de crise et le pouvoir sarkozyste qui semble profiter lui de la manne publique. Au passage, le locataire de l’Elysée s’était largement augmenté …

L’AFFAIRE BETTENCOURT ET ERIC WOERTH
Dernières interrogations en dates, les soupçons de collusion entre le ministre Eric Woerth et la femme la plus riche de France : Liliane Bettancourt. Les faits sont complexes. L’héritière de la firme l’Oréal et femme la plus riche de France Liliane Bettancourt traverse une tempête à la hauteur de sa fortune. Sa fille souhaite en effet faire annuler un large don attribué à un proche de la part de celle que les Guignols de l’Info sur canal plus nomment désormais Mamie Zinzin. Dans cette affaire les tribunaux sont saisis. Coup de théâtre en début de semaine : le site d’information en ligne Mediapart rend public une série d’enregistrements. Ces bandes, peut être illégales, réalisées par le majordome de Liliane Bettancourt font état de faits et d’opérations qui pourraient constituer des fraudes fiscales.

Problème, l’épouse du ministre des affaires sociales et anciennement ministre du budget Eric Woerth est en charge de la gestion de la fortune de la milliardaire ! Dans le couple Woerth, le mari s’occupe des deniers publics et donc des questions fiscales, et la femme est en charge du patrimoine de Liliane Bettancourt, bienfaitrice de l’UMP, avec, désormais, soupçons de fraude fiscale ! Conflit d’intérêt ? Collusion ? Concours de circonstances ?

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