Preuves de crimes de guerre commis par l’armée du Sri Lanka

Le document vidéo diffusé l’an dernier par la chaîne britannique Channel Four sur lequel on voyait l’exécution sommaire d’hommes dénudés, les yeux bandés, par des hommes vêtus d’uniformes de l’armée sri-lankaise est authentique, selon une expertise indépendante commandée par le Rapporteur spécial de l’ONU sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, Philip Alston.

demandes de visite sur le terrain refusées par les autorités

Les victimes seraient des membres du mouvement séparatiste sri-lankais des Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE), une organisation armée qui a été défaite par l’armée gouvernementale au printemps dernier. Ces exécutions auraient eu lieu lors de la reconquête, par l’armée sri-lankaise, des territoires contrôlés par le LTTE dans le nord de l’île.

M. Alston, dont les demandes de visite sur le terrain ont été refusées par les autorités, a appelé celles-ci à coopérer : « Etant donné ces conclusions, et à la lumière du flot persistant d’autres allégations faisant état d’exécutions extrajudiciaires par les deux parties lors de la phase finale de la guerre contre le LTTE, j’appelle à l’établissement d’une commission indépendante afin de réaliser une enquête impartiale sur des crimes de guerre et d’autres violations graves du droit humanitaire international et des droits de l’homme qui auraient été commis au Sri Lanka », a-t-il déclaré.

Le document de Channel Four, que le Sri-Lanka considère comme un faux, a été analysé par trois experts indépendants dont la compétence est incontestable, a expliqué M. Alston. Leurs analyses contredisent celles effectuées par une équipe sri-lankaise dont deux des quatre membres appartenaient à l’armée, selon M. Alston. A la suite de cette première analyse concluant à un faux, le gouvernement sri-lankais avait estimé qu’il n’y avait pas lieu d’ouvrir une enquête.

M. Alston estime à l’inverse et au-delà de la question même de l’authenticité du document, le Sri-Lanka a tout intérêt à permettre la conduite d’une enquête indépendante, la poursuite des soupçons d’exactions ne pouvant que nourrir colère et frustration dans la population tamoule. « S’il ne s’est rien passé, comme le dit le gouvernement, alors pourquoi ne pas autoriser une enquête indépendante ? », a-t-il demandé.

filmé à l’aide d’un téléphone mobile

M. Alston estime que l’ONU pourrait contribuer à l’organisation d’une telle enquête. Il pense que la communauté internationale peut envoyer « un message clair » en ce sens aux autorités de Colombo.

Le document diffusé par Channel Four aurait été filmé à l’aide d’un téléphone mobile, possiblement par un militaire sri-lankais présent sur les lieux. Il a été remis à Channel Four par une association baptisée « Journalistes pour la démocratie au Sri Lanka ». La chaîne britannique l’a diffusé le 25 août 2009.

Philip Alston, qui a été nommé en 2004 Rapporteur spécial auprès du Conseil des droits de l’homme et de l’Assemblée générale de l’ONU, est professeur de droit et directeur du Centre pour les droits de l’homme et la justice dans le monde à la faculté de droit de l’université de New York

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