En Côte d’Ivoire avec les anciens miliciens

Environ 400 ex-miliciens, miliciennes et jeunes à risque de la région du Haut Sassandra, dans le Centre-ouest du pays, ont bénéficié du Programme des 1000 microprojets de l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI).

Les financements qu’ils ont reçus du programme, lancé en août 2008, leur ont permis de s’impliquer dans la culture maraîchère, la pisciculture, la riziculture, l’élevage des porcs et l’aviculture, selon un communiqué publié vendredi.

Bébert Groguhé, ancien membre du Groupement des Patriotes pour la Libération de l’Ouest, basé à Daloa, s’est reconverti, lui, à l’élevage. Bébert et 15 de ses compagnons ont fondé la Coopérative d’Elevage Fraternel (COOPEFRA) avant de solliciter le soutien financier du Programme, destiné à la réinsertion socio-économique des ex-combattants et des jeunes à risque. Les anciens miliciens ont ouvert deux fermes – d’aviculture et d’élevage porcin – où ils travaillent à plein temps. La vente de la première vague de poulets a redonné confiance à Bébert et à ses camarades. « J’ai maintenant un emploi et je vais pouvoir me marier et commencer une vie normale », déclare-t-il fièrement.

Le projet a aussi amélioré la position des ex-miliciens dans la communauté, selon Bébert. Il explique qu’à la fin de la crise armée dans laquelle ils étaient impliqués, ses compagnons et lui étaient dans un dénuement total, menant une vie de clochards. « Maintenant, nous sommes respectés dans la ville de Daloa», indique-t-il.

Nahounou Jeanne, ex-membre de la même milice, a également vu sa vie transformée par un microprojet financé par l’ONUCI. « Nous avons retrouvé notre dignité », déclare-t-elle. Jeanne et plusieurs autres femmes vendent de la volaille au marché du village de Balauzon, près de Daloa. « Nous sommes très fières d’alimenter le marché en poulet de chair », dit-elle. Les anciennes miliciennes faisaient l’objet de méfiance et ne parvenaient pas à réaliser une activité économique, selon Jeanne. Elles se sont donc constituées en groupement pour relever les défis liés à leur condition. «Aujourd’hui, avec les revenus de la ferme, je peux scolariser ma fille », affirme-t-elle.

Dans le village de Tapeguhia, prés de la ville d’Issia, Franck Gnakabi et d’autres jeunes à risque ont constitué une coopérative qu’ils ont dénommée Lago Saba, qui signifie « le salut de Dieu » dans la langue locale, le Bhété. Ils ont utilisé le financement de l’ONUCI pour faire de la riziculture. «Pour notre première récolte, nous avons obtenu 25 tonnes sur les 5 hectares cultivés », affirme Franck. « Nous avons travaillé avec sérieux et maintenant nous avons l’estime de la population du village ».

« Le succès de ces projets repose sur l’appropriation par les bénéficiaires, qui ont suivi et appliqué les formations reçues en la matière », explique Marcel Yao Kouamé, Chef de Zone de l’Agence Nationale de Développement Rural (ANADER).

Pour les femmes du marché de Boguedia, un village de la région, les 1.000 microprojets sont un remède contre la criminalité et le chômage. Les jeunes à risque, jadis désignés sous le vocable de « danger public » sont devenus des acteurs de développement social, disent-elles.

Le Programme des 1.000 microprojets, doté de 4 millions de dollars, est une initiative pilote de réinsertion lancée par le chef de l’ONUCI et financée par le Fonds de Consolidation de la Paix des Nations Unies. Il s’inscrit dans le cadre de l’appui au programme de réinsertion des ex-combattants du gouvernement ivoirien et est soutenu par des partenaires internationaux.

A ce jour, environ 2.700 personnes bénéficient du programme à travers 507 projets sur l’ensemble du pays.

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