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Greg Lamazères rend hommage aux Gitans massacrés par les nazis

Le dernier livre du journaliste-écrivain toulousain Greg Lamazères revient sur un fait historique bien trop souvent tu ou éludé, celui du génocide des Tsiganes, Sintis, Roms, les Gitans en Allemagne pendant la seconde guerre mondiale.

Le chiffre officiel est de 500.000 personnes exterminées dans les camps nazis, sans compter la chair à canon envoyée au front pour repousser les Russes. Cependant, comme Lamazère le souligne tout au long de son ouvrage, ce massacre n’est toujours pas reconnu par une partie des « historiens » qui ont étudié le cas, et les disputes sont toujours nombreuses quand il s’agit de s’accorder pour rendre hommage à ces victimes.

La chute d’une étoile de la boxe

Dernier round à Neuengamme, est composé de témoignages et de documents que l’écrivain a récolté au sujet de ces populations persécutées et au destin atypique et funeste de l’un d’entre eux : Johann Trollmann. Ce fils de policier allemand né en 1907 est devenu un grand boxeur européen, battant avec style et puissance les champions de l’époque. Malgré son rang social élevé, sa fortune, l’implantation de sa famille dans le pays depuis plusieurs générations, ce grand du sport finira bête de foire, traqué, bombardé soldat en 1939, puis interné au camp de travail de Neuengamme, où il sera assassiné par des officiers qui se servaient de lui comme punching-ball.

Bien qu’il finit tragiquement comme un demi million de ses frères, sa vie n’en fût pas moins rocambolesque. Repéré dans la rue par son futur mentor et manager Ernst Zirzow, le jeune homme viendra à bout d’un bon nombre de champions de la boxe allemande grâce à « la danse » qu’il effectue lorsqu’il monte sur un ring. Grâce à la narration qu’en fait Lamazères, on peut aisément imaginer là un précurseur de Mohammed Ali, artiste au jeu de jambes déstabilisant. Des experts du milieu salueront d’ailleurs à postériori celui ce style que les nazis ont stigmatisé et décrit comme « non allemand ».

Ce sont ces accusations qui détruiront peu à peu celui qui se faisait surnommer « Rukelie » par ses amis et « le Tzigane » par ses détracteurs. Lors d’un combat brillamment remporté aux points contre le champion aryen Adolf Witt, les nazis tentèrent d’influencer les arbitres qui cédèrent un premier temps, puis sous la colère de la foule, déclara Trollmann vainqueur. Le lendemain, son titre lui était à nouveau arraché par la ligue allemande de boxe sous prétexte qu’il n’était « pas de race allemande » et que son style était indigne de la boxe. Nous sommes en 1933, et c’est le début de la chute. La fin du « luxe » dans cette société si pauvre, la fin de l’amour de ses fans, dans ce contexte si haineux des non aryens.

Un style rythmé et diversifié

L’ouvrage débute par la démarche de l’auteur qui rencontre un milieu qu’il n’avait jusqu’alors jamais côtoyé. Les Gitans l’accueillent avec méfiance car les propos et les intentions de ceux que l’on appelle « gens du voyage » sont trop souvent mal comprises et déformées. Mais un des leurs va accepter de lui raconter, comme on raconte une légende, l’histoire de Rukelie.

Ce prologue passé, on plonge directement dans les derniers instants du pauvre boxeur, affaibli par sa captivité et le sort d’outil de défouloir qui lui est réservé. Dès lors, des poèmes, chants et paroles tsiganes sont mêlées au récit. Comme pour amener un vérité culturelle, invariable.

Puis on remonte le temps. Le début de la déchéance de « la flèche » Trollman. Ce boxeur au style percutant, saccadé, virevoltant est imité par l’écrivain toulousain. Round après round on suit les poings du sportif, on se repose avec lui sur son tabouret. Puis on voit à travers ses yeux, on entend avec ses oreilles, sourdes à certains moments. Les combats qui suivront seront tous narrés de manières différentes nettement l’un que l’on suivra par le biais de commentaires retranscrits d’une émission de radio de l’époque.

Des Tsiganes toujours mal accèptés

La suite du livre mélange monologues fictifs servant à retracer l’histoire du champion et de sa famille, de documents historiques illustrant et expliquant les choix de Greg Lamazères et de vérités historiques concernant les Tsiganes, bien trop souvent éclipsées par le génocide des Juifs. Le texte est parsemé, sans en être inondé, de termes gitans, permettant à Trollman de revivre pour expliquer au plus près ce qu’il pouvait ressentir dans les moments douloureux de sa vie. L’auteur par exemple raconte le moment où une « scientifique » allemande procède à la stérilisation par rayons-X (la méthode la moins pénible de toutes inventée par les Allemands) de Rukelie. Pour la première fois, il s’agit de la fin du livre, on voit apparaître le mot « génocide » en romani (« samudaripen »). C’est ce mot auquel pense l’homme à la peau sombre quand on le prive de toute autre descendance outre que sa fille qu’il aurait réussi à protéger (bien qu’on n’ait pas eu de nouvelles d’elle à la fin de la guerre).

Au final, Greg Lamazères aura réussi à la fois à rendre hommage à un homme à la vie si différente de ses compagnons gitans, mais semblable dans sa fin tragique; et il aura fait passer un message sur la condition de ceux qui sont mis à l’écart par encore trop de préjugés. Par des faits historiques et actuels, par des témoignages de personnes concernées par la stigmatisation encore aujourd’hui, ces communautés si différentes auront trouvé au moins un porte-voix qui parvient jusqu’à nos oreilles pour nous rendre compte de leur vérité.

Walid Hamadi

Photo – Greg Lamazère et Jean Jacques Rouch dans les salons des éditions Privat Christophe Cavaillès/Toulouse7.com 

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